Note d’intention

Note d’intention

Un projet musical et théâtral

Le projet du « prince à la main d’or » est né en premier lieu de ma fascination pour les musiques d’Europe de l’est. Souvent, lorsque j’écoute des musiques traditionnelles de l’est, j’ai l’impression de voix « à nues ». Les vibrations sont puissantes et ne se cachent derrière aucun maquillage. A l’écoute de ces musiques, j’ai tout simplement la sensation qu’on me chante la vie dans son état le plus brut et le plus vrai, sans artifice : c’est cela qui touche la corde sensible.

Le spectacle a donc germé dans mon esprit sur la base de douze de ces musiques de l’est. Puis est venu s’y imbriquer le conte traditionnel du « prince à la main d’or », qui raconte avec un autre langage cet état de vivre grinçant et vibrant des pays de l’est.
« Le prince à la main d’or » nous fait entrer dans son univers, merveilleux au premier abord, tout en nous montrant ce qui se cache sous les paillettes apparentes. C’est une sorte de poupée russe.
La première carapace de la poupée, élégante et harmonieuse, est une représentation extérieure qu’on se fait du conte : chaque personnage est un archétype, du prince charmant à la princesse en détresse, en passant par le grand méchant machiavélique.
Lorsqu’on ouvre la poupée, on en dévoile une plus petite, seconde réalité dans laquelle tout se complexifie. Le héros sans reproche n’est plus aussi courageux qu’on l’imaginait, la princesse pas
aussi élégante, et le grand méchant dévoile une sensibilité, qu’il cachait derrière son apparence diabolique.

Les multiples couches de notre poupée russe donnent à voir cette réalité à facettes, au travers de personnages complexes et attachants, qui nous racontent la complexité de notre Humanité.

Conte et théâtre

Traditionnellement dans le conte un seul individu, le conteur, décrit et raconte chacun des personnages. L’auditeur est ainsi plongé dans un monde qui se traduit en partie par le choix des mots : des figures souvent hyperboliques, tout est trop grand, trop brillant, trop petit, ou trop magique pour être réel (on nous parle de dragons « grands comme des montagnes », de chevaux « aussi rapides que le vent »…), et les personnages sont parfois en eux même des métaphores (comme
Vikher l’Ouragan, ou son père et sa mère, Vent du Sud et Vent du Nord). Mon désir est de retranscrire de manière vivante ce vocabulaire propre au genre : chaque personnage est dessiné par
un comédien, et l’image qui d’ordinaire est décrite par le conteur, devient ici du jeu, du théâtre.

Le spectacle s’axe aussi sur le rapport instauré entre le public et le conteur : une histoire est offerte très directement, sans prendre en compte le quatrième mur. Nous jouons sur ce rapport avec un
travail de chœur en adresse au public : un chœur de conteurs, dix individus portant ensemble la narration. Ce chœur sera aussi un chœur de chant polyphonique. De cet ensemble surgissent les
personnages, pour nous plonger dans le théâtre de leur épopée.
Les contes sont les rêves de l’Humanité. En travaillant « le prince à la main d’or », nous tentons d’ajouter nos propres rêveries au rêve de l’Homme.

Brunelle Lemonnier
Le 01/02/2017

Du conte au théâtre, une écriture collective

La réécriture du conte pour le théâtre est une réflexion complexe : une pluralité de protagonistes, une action alambiquée qui demandent dans l’écriture une grande versatilité.

C’est dans cette idée que le travail est mené en plusieurs temps.
D’abord, on se centre sur la composition des personnages, sans travailler sur le conte en lui-même. Au travers d’improvisations, se dessine chacun d’entre eux : on part des relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres. On se pose des questions : “comment le prince Afinoguen a-t-il grandi aux côtés de son frère Alexei ?” “Quelle est la force de la relation qui unit les deux frères pour que Alexei, qui n’est pas amoureux de la princesse, décide de mettre sa vie en jeu pour aider son frère à la retrouver ?” “Quel traumatisme a poussé Vikher l’ouragan à faire souffrir les hommes ? Et qu’est- ce qui l’a poussé à tomber amoureux d’une humaine au point de l’enlever ?” “Qu’a vécu Guélia durant dix-huit ans, enfermée dans sa chambre ?” …

Et on y répond par des improvisations. On joue, on cherche, on comprend peu à peu comment chacun de ces personnages en est arrivé là.

Puis, une fois qu’on a rencontré tous ces personnages, on les met en jeu dans un travail d’écriture de plateau à proprement parler : sur la base d’un squelette vide du spectacle (chaque scène répertoriée
avec ses objectifs et les personnages qui s’y trouvent) les comédiens partent en improvisations guidées et filmées. Ces improvisations sont la base de l’écriture finale de la pièce, qui continue
d’évoluer au cours des répétitions.